Le leadership est un mythe qui profite aux hommes


Thème : Le leadership est un mythe qui profite aux hommes

Dans cet email :

  • Pourquoi le leadership n’est pas inné (et à qui profite l’idée qu’il le serait)
  • Ce que font les boys clubs depuis toujours et qu’on n’a jamais appris à faire
  • Pourquoi tu ne trouveras jamais ta vision à froid et la règle d’échauffement que j’applique
  • Comment sacraliser un temps de réflexion sans que la charge mentale s’invite quand même
  • La question que je pose à mes clientes pour les sortir du “je fais juste un petit business”
  • Pourquoi mesurer ta valeur au nombre de tâches abattues te coûte ton leadership
  • Comment une marque de bijoux devient un discours contre le racisme et pourquoi ça change tout pour qui t’écoute
  • Ce que Kelly Massol dit à la place de “je vends des shampoings”

Ecouter l'épisode de podcast

Le mot de Nina

Je reviens de Marrakech où j’ai passé 4 jours avec 6 entrepreneuses pour la première édition du Riad des Patronnes, ma retraite écriture et leadership. Et pendant les 2 premiers jours, on n'a rien produit, juste réfléchi.

Je sais exactement l'effet que ça te fait de lire ça. C'est LA phrase que mes clientes me sortent à chaque fois : “non mais attends, je peux pas passer 2 jours entiers à réfléchir sans rien produire”.

Sauf que…

Si t’attends de trouver ta vision entre 2 réunions et 40 mails à traiter, tu vas attendre longtemps. C'est une question de conditions bien plus que de volonté.

NB : Les places de la retraite sont parties vite et vous avez été nombreuses à vouloir venir. J'espère pouvoir vous en proposer une autre, peut-être fin 2026 ou début 2027. En attendant, tu peux postuler à mon accompagnement de dirigeantes : Les Patronnes

Bonne lecture !

Comme par hasard, quand on imagine un leader charismatique, on voit un homme.

Ce raccourci fait 2 dégâts en même temps :1) il nous fait nous sentir imposteures, et 2) il nous insécurise. Parce que si le leadership est inné et que le modèle du leader, c’est un mec charismatique, alors ce n’est pas pour nous.

C’est faux.

Le leadership est une compétence qui s’apprend, exactement comme le reste. C’est un mythe qui arrange surtout ceux qui n’ont jamais eu à prouver le contraire.

Moi, je n’ai pas été une leadeuse née. Petite, j’étais plutôt du côté de celles qui se font harceler à l’école. Aujourd’hui, je pense avoir cette capacité à inspirer. Ça s’est construit par l’écriture.

En posant ma pensée, j’ai été obligée de me connecter à ce que je pense vraiment. Ce travail m’a forcé à explicité un avis sur différents et, finalement, une vision globale. Parce que ce qui se pense clairement s’énonce clairement. Et quand ça s’énonce clairement, les gens ont envie de te rejoindre.

Tous les grands leaders ont une vision.

Mais, une vision, ça ne se construit pas au milieu de l’opérationnel. Si t’as traité 40 mails, il y a peu de chances qu’à la fin tu aies plus de vision et plus de leadership qu’au réveil. C’est pour ça que j’ai appelé ce moment une retraite : l’idée, c’est de t’extraire de ton quotidien. De ces journées avec une charge mentale de fou, où tout est plus prioritaire que de te poser.

C’est justement parce que tu es capable d’avoir des idées “hors opérationnel” que les gens vont te rejoindre. Rien qu’en prenant le temps de penser, tu deviens différente.

Les hommes ont eu le droit de réfléchir, les femmes ont eu le droit de faire

Il faut le dire : on a beaucoup plus éduqué les hommes à prendre du temps pour eux, à se poser, à réfléchir. Les femmes, on nous a éduquées à faire.

La plupart de mes clientes mesurent leur valeur au nombre de tâches abattues. Et c'est extrêmement dur de les déconditionner de ça, un peu comme le conditionnement qui pousse à être une Gentille Patronne plutôt qu'à poser ses limites. Alors même que c'est le fait de penser, de te penser toi, et de penser ta boîte, qui aura le plus d'impact.

Imagine les boys clubs. C'est caricatural, mais c'est exactement ça : des endroits où les mecs se retrouvent pour penser, discuter, confronter leurs avis et leurs opinions, et savoir ce qu'ils pensent vraiment du monde. Ta pensée se construit en lisant, en allant chercher les opinions des autres, en confrontant les tiennes, rarement en restant dans ton coin à cocher les cases de ta todo list. C'est ça qui nourrit ton leadership plus tard. Et si je devais résumer ce que le leadership au féminin gagnerait à copier des boys clubs, ce serait le droit de prendre du temps pour penser, sans avoir à le justifier par une tâche cochée.

Donc si tu as le sentiment d'être dans le faire-faire-faire, sans parler de toute la partie tâches domestiques, le problème n'est pas seulement que tu ne prends pas le temps. C'est qu'on a conditionné ta valeur au volume de choses que tu fais.

On a beaucoup plus éduqué les hommes à prendre du temps pour eux, à se poser, à réfléchir. Les femmes, on nous a pas éduquées à faire. Sauf éventuellement pour des soirées tuppeeware dans les années 50.

3 exemples : passer du produit à la vision

Une des participantes lance une marque de bijoux fabriqués en Inde.

On aurait pu s’arrêter à “je vends des bijoux”. On est arrivées à : produire dans d’autres pays et promouvoir la culture d’autres pays, c’est une manière de lutter contre le racisme en France. C’est le contre-pied du made in France. L’idée : consommer des produits qui ne sont pas faits ici, se confronter à d’autres cultures, sans passer par l’appropriation culturelle, qui consiste à copier ce que font les autres pays pour se l’approprier et le revendre. Là, c’est l’inverse : les bijoux deviennent une fenêtre sur la culture indienne. On part de bijoux et on arrive à lutter contre l’extrême droite qui est aux portes du pouvoir en Europe. Franchement, on a beaucoup plus envie d’écouter cette histoire-là que “je fais des bijoux pour me faire de l’argent”.

Pauline dirigeante de Unisoap. Ensemble, on a construit une nouvelle vision orientée sur sa marque personnelle. On vit dans un monde éduqué à aduler Elon Musk : les gens qui sortent d’HEC le prennent en exemple et se disent que jamais ils n’iront bosser dans une association, parce que ça ne gagne pas d’argent. Résultat, on n’apprend pas à nos talents à vouloir aller dans les assos, alors que ce sont elles qui nous aident à faire société, à vivre ensemble. En 2026, on a plus de jeunes actifs qui rêvent de bosser pour un milliardaire, pour le rendre encore plus riche, que pour quelqu’un qui va trouver des logements ou aider des femmes à la rue. Sa vision : ne plus seulement promouvoir son association, mais devenir la voix qui redore l’entrepreneuriat associatif tout entier.

Oleksandra est une consultante dans les grandes entreprises. On est arrivées à ceci : dès l’enfance, les enfants différents, et a fortiori les autistes et les personnes TDAH, dont le handicap est invisible, sont éduqués dans la honte de ce qu’ils sont. Pourquoi c’est important de réparer ça, pourquoi il faut agir, et comment ça crée une société et des entreprises non seulement plus efficaces, mais aussi plus justes. On passe de “je vends des prestas et des conférences” à “je suis en train de changer le monde”.

Ces 3 sujets n’ont rien à voir mais font le même mouvement : partir du micro et porter le message plus haut.

Alors tu vas me dire : très bien, mais je commence par où ?

Pour faire ça chez toi, il y a 4 étapes.

  1. Bloquer du temps et sacraliser l’espace sans notification, sans équipe, et sans traîner ta charge mentale avec toi. Parce que souvent on bloque du temps et on pense à 36 trucs en même temps. On est là intellectuellement, mais on n’est pas là. Prends ta voiture, loue une chambre d’hôtel. Fais-le avec des copines entrepreneuses si tu veux, mais protège ce temps.
  2. Trouver des gens pour un ping-pong intellectuel. On développe sa pensée en la confrontant, rarement seule dans son coin. Mes clientes ont les Patronnes, et je les ai beaucoup challengées pour qu’elles arrivent à quelque chose de plus grand qu’elles.
  3. Ne pas chercher ta vision à froid. J’appelle ça l’échauffement. À la retraite, les 2 premiers jours étaient uniquement consacrés à l’introspection. Le 3ème jour seulement, on a posé la vision. Deux jours d’échauffement pour deux jours de production. Tu ne pars pas sur un 100 mètres à froid sans te faire un claquage.
  4. Porter ton sujet à une échelle plus large. N’importe quel mec qui monte une boîte a l’impression d’avoir changé le monde. Les femmes, c’est l’inverse : elles font des trucs de fou et elles disent “moi je fais juste un petit business.” Sors de là. La question que j’aime poser : s’il n’y avait que des toi, que des gens qui font ce que tu fais avec ton engagement, qu’est-ce que ça changerait au monde ?

Regarde Kelly Massol, des Secrets de Loly. Elle ne te dit pas “je vends des shampoings”. Elle te dit qu’elle lutte contre le racisme et qu’elle travaille pour l’inclusion des personnes aux cheveux texturés qui n’ont jamais trouvé de solution pour elles. On a beaucoup plus envie de l’inviter sur un plateau télé que quelqu’un qui vient raconter sa molécule de shampoing.

Alors je te pose la question : combien de temps tu passes dans ta semaine à réfléchir à où tu vas ? À ce que tu veux changer ?

C’est de ce temps-là que sortent tes messages clés. Et c’est de tes messages clés que se déclinent tes posts LinkedIn, tes newsletters, tes interviews. Une fois que tu as extrait ce que tu sais et ce que tu penses, et que tu l’as posé quelque part, tout le reste devient beaucoup plus simple.


Pour aller plus loin

Cette newsletter reprend un épisode solo du Divan des Patronnes.
👉 Écouter l’épisode

Et si tu veux qu’on travaille ta vision ensemble, avec des gens pour faire ce ping-pong :
👉 https://www.ninaramen.com/les-patronnes/

À très vite

Nina

Hi, I’m a creator

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